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Traiter les problèmes d’adolescence 7 août, 2010

Posté par alain braconnier dans : adolescence , trackback

Passage d’un passage, toute démarche thérapeutique à l’adolescence est sous-tendue par l’intention d’un processus de transformation. L’accueil d’un adolescent par un médecin, un psychologue ou un soignant formé à l’écoute du discours conscient et aux manifestations de l’inconscient constitue une véritable démarche pratique et une recherche théorique sans cesse renouvelées. L’ubiquité de cet accueil est représentée par la nécessité pour le clinicien d’être « présent » en plusieurs temps (histoire du sujet et de la famille) et en plusieurs lieux à la fois (lieu familial, loisirs, école).
Il parait souvent nécessaire de créer un réseau intermédiaire entre les adolescents en difficulté dans leurs lieux de vie habituels d’un côté et les lieux de consultations traditionnels de l’autre. Ceci signifie que la rencontre avec les adolescents peut se faire avec des adultes, n’étant pas des thérapeutes proprement dits, mais devant être capables d’une écoute discriminante, fondée non pas sur une subjectivité anxieuse ou projective mais sur une capacité d’attention et d’analyse des manifestations de souffrance de l’adolescent au delà des comportements apparents présentés par l’adolescent lui-même ou surtout par l’environnement comme la seule source du problème.
On pourrait proposer plusieurs rôles à ces « adultes-relais » : celui d’écouter des adolescents en difficulté, celui de dépister ceux dont les facteurs de risques ou dont la souffrance déjà exprimée font craindre une aggravation et celui de proposer un contact permettant dans un second temps l’accès aux soins. Tous les adultes au contact d’adolescents (enseignants, personnel administratif des collèges et lycées, personnel municipal, entraîneurs de sport, personnel des services de police, etc…) peuvent être sensibilisés puis formés à ce type d’écoute. Ces rôles ne vont pas de soi car ce travail d’écoute doit parfois consister à établir des liens chez des sujets inscrits dans une triple escalade : celle du défi (de la société vécue comme rejetante, disqualifiante et disqualifiée…), celle du délit (ultime reconnaissance sociale « en négatif») et celle du déni (des symptômes mais aussi de la souffrance, de leur identité, de leur histoire). Pour répondre à un esprit de soin et aux attentes et à la demande des adolescents, ces adultes doivent être bien individualisés et se différencier clairement du rapport hiérarchique ou pédagogique habituel.

La consultation thérapeutique proprement dite se situe entre les lieux d’écoute dont nous venons de parler et les prises en charges thérapeutiques structurées, psychothérapies, hospitalisations de jour ou à plein temps. La consultation d’un adolescent pose de nombreuses questions. Dans la consultation thérapeutique, dès que le sujet est reçu, c’est-à-dire dès le premier temps de la rencontre, une volonté de changement est instituée, la visée thérapeutique est en marche, l’intention d’être thérapeute s’exerce. La démarche de celui qui consulte (ou de ceux qui consultent) est une démarche certes d’observation, mais en même temps de compréhension et de relevé (souvent hypothétique) de significations fortes dans ce qui est dit ou montré au cours de cet échange.
A la dimension thérapeutique de la consultation telle que nous venons de la définir, il nous semble utile d’y associer l’ubiquité qu’elle représente. La consultation débute par celui qui prend contact avec le consultant, souvent les parents, mais de plus en plus d’adolescents établissent d’eux-mêmes ce premier contact. Si ce sont les parents qui ont demandé cette consultation, ceux-ci ou au moins l’un des deux devra être présent lors de la consultation. S’il n’est pas être présent, il sera cependant inclus dans celle-ci (qu’il s’agisse de la première consultation ou qu’il s’agisse de consultations ultérieures). A titre d’exemple, nous avons essayé de savoir qui prenait contact pour demander une consultation dans notre unité d’adolescents et de jeunes adultes du Centre Philippe Paumelle. Dans l’étude que nous avons effectuée, la famille représente 22% de la demande de consultation et donc du premier contact, l’adolescent lui-même 19,8%, les autres services de santé 18,7%, les services d’urgences 12,1%, les instances sociales 8,8%, les médecins de famille 7,7%, autres contacts 7,7% et écoles seulement 3,3%. Ces données n’ont ici d’intérêt que pour montrer que l’adolescent lui-même n’est pas majoritairement, loin de là, celui qui prend contact pour demander la consultation (ici la première consultation). Cette demande « extérieure » à l’adolescent peut être importante dans le déroulement certes de la première consultation, mais aussi dans le traitement qui y fera suite et les consultations thérapeutiques qui le constitueront. Cette ubiquité de la consultation thérapeutique s’instaure dès cette première prise de contact.
Un autre facteur de cette ubiquité est représenté par les motifs qui amènent à consulter. Il apparaît que ces motifs vont être différents selon qu’ils sont exprimés par l’adolescent lui-même, par la famille ou par le clinicien. Là aussi dans l’étude de notre consultation à laquelle nous nous référions précédemment, il est clairement apparu que ces motifs variaient selon ceux qui l’exprimaient : les problèmes familiaux sont surévalués par la famille par rapport à ce que pense l’adolescent, au contraire l’angoisse et les sentiments dépressifs sont sous-évalués par la famille par rapport à ce qu’exprime l’adolescence. Quant aux cliniciens, ils sous-estiment les conflits familiaux pour attacher plus d’importance aux données plus spécifiquement psychopathologiques.
Quand nous parlons de l’ubiquité, c’est-à-dire de la nécessité d’être présent en plusieurs temps et plusieurs lieux à la fois, c’est à ces aspects que nous faisons
référence. Si la consultation thérapeutique constitue bien une unité de temps et de lieu comparable à celle de la consultation médicale et à celle de la séance de la cure type analytique, cette unité éclate par rapport à ces temps et à ces lieux différents dont il nous paraît nécessaire de prendre en compte les différentes modalités. Nous pourrions donc bien définir la consultation pour adolescents comme le passage d’un passage, ce qui signifie que quel que soit le point où l’on en est de ce passage, on ne peut faire abstraction ni de l’endroit d’où l’on est parti, ni de l’endroit où l’on souhaite aller. Ce qui nous parait vrai pour l’adolescence en temps que processus de développement de l’être humain, est vrai pour la consultation quel que soit l’âge de celui qui consulte (si l’on parle évidemment de consultation thérapeutique) et donc d’autant plus vrai qu’il s’agit de consultation pour adolescents.
Dans tout traitement d’adolescent, le médecin, le psychologue, le soignant ou l’éducateur devront être attentifs non seulement aux éventuelles manifestations directement transférentielles (demande impérieuse d’ attention et d’amour) mais aussi à la capacité pour l’adolescent de réévoquer un thème déjà abordé, de tenir compte de ce qui a déjà été dit, d’apporter un matériel nouveau, d’énoncer un problème volontairement occulté lors des premières rencontres, d’aborder le domaine des rêveries, fantaisies et fantasmes.
Tout traitement d’adolescent ne doit-il pas reposer sur une évaluation dynamique de l’adolescent lui-même mais aussi de sa famille et plus largement de son environnement ? En effet, la mobilisation des uns et des autres se laisse voir à travers l’intérêt pris à la démarche thérapeutique, leur demande et/ou accord pour y participer, les éventuels réaménagements opérés ou inversement les renforcements défensifs : accentuation des confusions interindividuelles, recrudescence des divers passages à l’acte et surtout rupture de traitement si souvent appréhendé. Ces paramètres sont des indicateurs précieux pour prendre les bonnes distances et les décisions thérapeutiques justifiées.

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