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PROTEGER SON SOI A L’ADOLESCENCE 6 août, 2010

Posté par alain braconnier dans : , ajouter un commentaire

L’importance de l’adolescence

L’adolescence est l’âge de tous les possibles, y compris de pouvoir utiliser pour la première fois dans la vie toute la gamme des piliers protecteurs que constitue nos stratégies défensives. A propos de l’adolescence, Françoise Dolto avait donné une image bien significative en évoquant le « complexe du homard ». L’intérieur sans doute trop tendre se protège par une carapace éclairante. Comment comprendre cette carapace à l’origine d’attitudes provocatrices, agressives, sans compromis et en même temps passionnées. Face aux potentialités nouvelles que le corps et l’esprit engendre à cette nouvelle période de l’existence, le sujet se sent brusquement libre mais craint en même temps les risques que cette liberté lui procure. Il sent qu’il doit se protéger contre ses nouvelles pulsions pour poursuivre la route de son Soi. il doit explorer les limites de l’illimité.
Cette route passe par ce moment de crise que tou adolescent devrait traverser. Cette crise d’adolescence par les caractéristiques qui lui sont propres montrent tout l’enjeu de la dynamique entre les désirs et les angoisses d’un côté et les manières de se protéger d’un autre côté. Ainsi beaucoup de comportements des adolescents , même parfois inquiétants, doivent être compris comme des recherches de protection vis-à-vis de leurs angoisses. Les unes n’offrent pas de particularités notables (refoulement, déplacement, isolation, régression, langage du corps) mais les autres paraissent spécifiques à cet âge.
Pour les premières, nous assistons à la réactivation des conflits infantiles (pulsionnel, séparation-individuation, oedipien, etc…) et de leurs modalités défensives : mise à l’écart, déplacement, passage à l’acte, projection, clivage déni.
Ainsi par rapport aux moyens évoqués dans les paragraphes précédents consacrés à l’enfant, l’adolescent utilise et déploie préférentiellement des défenses déjà utilisées dans son enfance On peut ici souligner l’importance des mécanismes suivant :
• l’identification au pairs pour ne pas se sentir seul face aux problèmes qu’ils rencontrent et qu’il partage avec ceux de son âge devient un pilier essentiel dans son existence ;
• la sublimation : en tenant un journal intime, en adhérant à une association humanitaire, à un groupement religieux ou un à parti politique, il se dégage grâce à ses activités sublimées des tensions qui l’habitent, des négociations internes qu’il a à faire avec son narcissisme, ces instances idéales et son besoin d’être reconnu par les autres. Dans « Les désarrois de l’élève Törless », Robert Musil mon tracer un âge l’investissement de l’extraction dans sa valeur à la fois défensive et sublimatoire.
• Face à ces angoisses l’adolescent préfère de très loin agir et même passer à l’acte que réfléchire et prendre son temps . Constatant un trouble du comportement alimentaire ou une conduite à risque, on pense évidemment au besoin de la mise en acte si ce n’est au passage à l’acte. La mise en acte est parfois si importante qu’elle occupe apparemment tout le champ comportemental. Elle atteint son maximum dans le tableau de la psychopathie. Elle protège l’adolescent du conflit intériorisé et de la souffrance psychique, mais elle entrave toute possibilité de maturation progressive de telle sorte que l’incessante répétition de cette mise en acte apparaît souvent comme la seule issue.
• De même à cette période de l’existence, le sujet du mal à recourir à chercher des informations et à recourir auprès d’autrui et de ses aînés. Ses caractéristiques expliquent pour une grande part la propension de beaucoup d’adolescents à développer des conduites à risques.
• Une des particularités de l’adolescent repose sur la propension à utiliser son corps comme expression de ses angoisse et de la manière de s’en défendre. Les comportemnets les plus apparents et parfois inquiétants ne sont souvent que le haut de l’iceberg sous lequel apparaît, s’y on s’y penche suffisamment les enjeux sous- jacents. Derrière les symptômes hystériques on rencontre l’expression par le corps de son angoisse, derrière les conduites à risque on retrouve le renversement de l’affect et l’agressivité retournée contre soi. Face aux conduites anorexiques on est confronté avec l’ascétisme, l’intransigeance, l’idéalisation ou la dénégation, devant les phobies corporelles on retrouve l’inhibition, le déplacement, la projection.
• Le clivage et les mécanismes associés représentent la réapparition à l’adolescence de mécanismes archaïques souvent abandonnés au décours du conflit œdipien pour des mécanismes défensifs plus adaptés tels que l’inhibition, le refoulement. L’utilisation du clivage a pour but de protéger l’adolescent de son conflit d’ambivalence centré sur le lien aux imagos parentales. L’adolescent se sert également du clivage pour disperser ses désirs génitaux et ne pas s’affronter à la menace incestueuse. Ainsi, pour D. Meltzer, «le trouble central à l’adolescence est celui qui résulte de la confusion d’identité due à la réémergence du violent clivage du self… Ce mécanisme se déploie à la puberté pour faire face à la marée montante des désirs génitaux dans toutes leurs formes infantiles polymorphes et perverses encore peu modifiées par le self adulte et par l’identification introjective». Cliniquement le clivage s’illustre par les brusques passages d’un extrême à l’autre, d’une opinion à une autre, d’un idéal à un autre. On l’observe ainsi dans les comportements à l’évidence contradictoires de l’adolescent, contradiction qu’il ne semble pas percevoir ou dont il ne s’inquiète pas: ainsi tel adolescent qui réclame bruyamment son indépendance (pour sortir le soir, partir en vacances…) veut être accompagné de ses parents pour d’autres conduites en apparence banales. Ces brusques changements, ces contradictions sont d’autant plus incompréhensibles en apparence, que l’adolescent tient tout un discours rationalisant et intellectualisant.
Associés au clivage, une série de mécanismes défensifs de type archaïque s’observe souvent. Nous ne ferons que les citer ici: identification projective déjà évoquée à travers ces brusques et massives adhésions à des systèmes d’idéaux sans nuances; idéalisation primitive marquée par des choix d’objets totalement irréalistes et inaccessibles ou par un Moi idéal mégalomane; projection persécutive traduite par le sentiment d’un monde hostile et dangereux dont il faut se défendre pour survivre.
L’activation de ces mécanismes défensifs primitifs est en partie responsable de l’aspect si particulier des relations d’objet que l’adolescent établit avec son entourage. Leur présence fréquente à l’adolescence a conduit certains auteurs (Masterson) à comparer cette crise à un état limite transitoire, état limite où les mêmes mécanismes défensifs s’observent avec prédilection
Pour les secondes, l’enjeu de cette dynamique est telle qu’on a même décrit défenses spécifiques à cette période de l’existence, comme l’a proposé Anna Freud.
• des défenses contre les pulsions par l’ascétisme (mécanisme pouvant conduire à l’anorexie mentale), par l’intransigeance (mécanisme pouvant donner le sentiment que l’adolescent devient un petit tyran) ou encore l’intellectualisation pouvant Tournée parfois à la limite de la rationalisation.
- L’ascétisme qu’on pourrait définir comme un mécanisme défensif pour mieux contrôler les pulsions et les désirs qui peuvent s’exprimer par le corps mais aussi par l’esprit. Concernant l’ascétisme corporel, il s’agit de ces adolescents qui s’imposent des tâches ou des restrictions physiques plus ou moins draconiennes: faire un nombre de kilom Lres quotidiens de cross, s’interdire telle nourriture, ne pas se vêtir chaudement, braver les intempéries, refuser toute satisfaction ou plaisir corporel. On perçoit aisément, derrière cet ascétisme, les tentatives de contrôle des désirs sexuels, en particulier de la masturbation. Toutefois, on peut observer en quelques années une évolution culturelle très importante, évolution qui a atténué en grande partie la culpabilité liée aux conduites masturbatoires.
Concernant l’ascétisme au niveau de l’esprit, il s’agit de ces adolescents qui se plongent et recommandent une vie particulièrement austère au nom d’une idéologie ou d’un mysticisme qui seul semble donner sens à leur vie. Tous les plaisirs que la majorité des jeunes de cet âge craignent mais recherchent, tous les conflits intérieurs que cela suppose, tous les compromis que cela nécessite sont ainsi mis à l’écart. L’intellectualisation de la vie et souvent même une rationalisation de l’existence dominent leur relation au monde. Nous pourrions donner un exemple historique, celui du « scientifique, mystique, polémiste » Blaise Pascal qui après avoir montré déjà une intelligence exceptionnelle se plonge au tout début de sa vie d’adulte dans un renoncement mystique aux joies que son âge et son génie pouvaient l’entraîner. « On ne connaît à Pascal reste aucune liaison amoureuse. Personne ne sait si lui des relations sexuelles, avec une femme ou un homme. La probabilité paraît faible » .
- L’intellectualisation est, selon Anna Freud, un mécanisme défensif du Moi largement utilisé à l’adolescence pour mieux contrôler les pulsions au niveau de la pensée. Chacun connaît ces adolescents qui passent des heures interminables en discussion, en reconstruction du monde. L’adhérence massive, immédiate, sans nuance, à des théories philosophiques ou politiques est un exemple à la fois de l’intellectualisation et de l’idéalisation projective. Anna Freud rapproche de l’intellectualisation
• Des défenses contre contre le risque de perdre paradoxalement les « liens infantiles » comme le montrent des mouvements de régression, de déplacement et d’identification ou de refuge dans la rêverie
• des défenses contre l’incertitude de l’image de soi et des autres amenant l’adolescent à passer de la dévalorisation à la grandiosité de soi ou d’un autre.
On pourrait aussi décrire les défenses centrées sur le conflit œdipien et les défenses élaborées contre le conflit préœdipien. En réalité dans la pratique il est rare que les conduites de l’adolescent témoignent de l’un ou l’autre de ces registres, elles participent généralement à ces divers niveaux. Cette gamme très étendue de manifestations défensives est là encore comprise parfois comme un apprentissage des diverses possibilités défensives du Moi.
Une question se pose néanmoins par rapport aux conduites de l’adolescence qui apparaissent infantiles et donc regressives. La régression adolescente est-elle de nature défensive ou constitue-t-elle une part intégrante du développement au cours de cette période de l’existence ? En lisant la littérature, on a parfois le sentiment que ce terme est utilisé de manière presque incantatoire pour expliquer tel ou tel symptôme comme par exemple des comportements alimentaires insatiables et, au-delà, tel ou tel mouvement psychique de l’adolescence comme des mouvements de dépendance. Il est vrai qu’il est souvent facile en clinique de l’adolescence de discerner par exemple une résurgence frappante du drame oedipien. Lorsque cette jeune fille me parle du conflit avec sa mère à propos de ses choix de ses petits amis qui ont tous comme caractéristiques d’être des « paumés », et qu’au cours de la même séance elle nous dit qu’elle veut devenir éducatrice pour délinquants, pour enfin nous dire que son père a failli mal tourner mais qu’heureusement il a rencontré sa mère, la tentation est grande de lui rappeler la pièce de Sophocle. Que se passerait-il si nous faisions une interprétation de ce type ? Lui permettrions-nous un mouvement identificatoire positif à sa mère que son ambivalence oedipienne lui interdit ou l’amènerions-nous à régresser vers des émois infantiles dont par son projet professionnel elle se défend sur un mode sublimatoire ? Les adolescents nous confrontent souvent à la question de la force ou de la faiblesse du moi, notion parfois mise trop à l’écart par certains courants psychanalytiques.
L’ensemble de ces défenses explique les attitudes de défi à soi-même et vis-à-vis des autres, de déni de la réalité lorsqu’elle devient trop contraignante ou angoissante et de délits vis-à-vis de l’environnement qui répond au besoin d’affirmation de soi, de transgression, d’expression de l’agressivité et de passage à l’acte. En même temps et ce n’est pas un des moindres paradoxes de l’adolescence, la générosité et l’altruisme sont toujours prêts à s’exprimer à cet âge. De toute façon il est clair qu’il existe une corrélation incontestable entre une adaptation satisfaisante et l’utilisation préférentielle les sept meilleurs piliers protecteurs. L’intérêt de favoriser leur utilisation à cet étage est bien prouvé .
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